Témoignage de Lisa, greffée rénale !!

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Témoignage de Lisa, greffée rénale !!

Category : Association

Aujourd’hui je vous invite à lire ce témoignage émouvant de Lisa, greffée rénale qui illustre bien la douleur, la souffrance morale, la détresse parfois dans laquelle se trouvent les insuffisants rénaux  lorsqu’ils sont en dialyse ainsi que la renaissance que déclenche la greffe. Si la dialyse leur permet de survivre, ce n’est plus une vie que d’être branché 4 ou 5 heures à une machine  3 fois par semaine pour purifier le sang pollué par l’absence de filtration qu’assurent normalement les reins, sans compter la fatigue générée par cette opération artificielle.

Merci Lisa de nous autoriser à partager ton vécu qui montre bien qu’il n’y a pas de transplantation de « second degré » comme le pensent certains qui disent : « oui mais vous, vous avez la dialyse ».

 

Nous sommes en 1995. Presque HIER… je me souviendrai à jamais des moindres détails.

Mardi 14 novembre 22h10 : En répétition avec mon groupe. Problème de son avec les grattes, pendant ce temps je m’offre un tête à tête avec mon piano. Rien ne pourrait me perturber…Me sortir de ma bulle. Et pourtant…

22h20 : Une voiture arrive en trombe…Sans même un mot j’ai déjà compris : d’un coup je deviens sereine je ne pense plus à rien. Le futur de ma vie va se décider cette nuit. J’entends à peine les quelques mots prononcés par le frère de mon défunt compagnon qui vient m’avertir : « Lisa le CHU de Bordeaux a appelé il faut que tu y ailles.. Tu as 3h.. Ils t’attendent ils ont un donneur… » Telle un androïde je plie mes affaires, débranche les jacks, avant que « Chris the Voice » ne me dise «qu’est-ce que tu fous là ? Tu as compris ? Bordeaux t’attend ! Un GREFFON t’attend». Oui j’ai compris ! Depuis 10 ans que j’attends cet appel. 10 longues années, branchée à une putain de machine pour vivre. Ma meilleure ennemie… Peut-être que cette foutue machine, dans quelques heures fera partie de mon passé. Le temps de repasser par chez moi, un câlin à mes chats, chercher à appeler mon père. Des choses totalement futiles ! Ce moment me semble surréaliste aujourd’hui.

23h45 : A peine une heure plus tard j’étais à bordeaux… je vous passerai les détails sur les excès de vitesse ! Et le sanglier que nous avons frôlé… C’est là que tout s’enchaîne et que l’on ne contrôle plus grand-chose. Les premiers examens, ou derniers contrôles pour savoir si ce soir ma vie va changer… Échos, cardio, prise de sang, un cheveu arraché, un doigt piqué.. Recherche du fameux « Cross Match » ! Mon ventre mesuré : je suis devenue objet… Qui de Chris ou de moi sommes les plus anxieux : Aucune idée. Lui si paisible habituellement, a un visage crispé.. Un regard rempli de peur… Pour lui c’est l’inconnu. Pour moi c’est un peu différent. Une sensation de « déjà vécu » ! Et pour cause : c’est ma deuxième greffe que je m’apprête à vivre. Mais en attendant, je suis speed, très speed. Les summums sont atteints !! D’ailleurs voilà que l’un des internes me le reproche ! Il est marrant lui… Je voudrais l’y voir.

1h du mat : Impossible de rester dans ma chambre… Je pars faire les 100 pas dans le couloir… Bizarrement je ne suis pas la seule… C’est terrible de se dire « soit c’est toi soit c’est moi… mais la chance ne sourira pas à nous deux ». Je voudrais parler… Partager ce moment… Mais je pense que c’est cruel. En même temps c’est peut-être moi que je protège.

2h du mat : Le médecin qui revient et comme je fais toujours les 100 pas, j’ai droit à nouveau une petite engueulade ! Ben oui il faut être zen pour aller au bloc… dans le cas où j’irai évidemment… Mais il me connaît depuis si longtemps. C’est presque la famille : il sait que la zen attitude et moi nous sommes rarement croisées. Allez hop un calmant et au lit ! Alors au lit sans problème… mais le calmant j’attends encore qu’il fasse effet !!

3h : On vient me refaire une analyse.. Mon cœur palpite…Plus on avance dans la nuit et plus d’analyses sont faites… plus ça voudrait dire que c’est pour moi… Je n’ose pas y penser..  J’ai déjà été déçue 3 fois ; je m’interdis de penser que je pourrais vivre à nouveau comme tout le monde… Je vais vers la fenêtre, il pleut. Des images défilent dans ma tête… Cette machine que je déteste, et pourtant je vis grâce à elle, machine, avec qui j’ai vécu 10 ans. Une fidélité sans faille. Inconsciemment les larmes coulent sur mes joues, comme sur la vitre…. Impossible de les arrêter.

3h30 : J’allume la TV … je prends un livre… lis 10 fois la première page…

4h : Toujours rien..

5h… 6h : C’est insoutenable… certainement la nuit la plus interminable de ma vie….Quand soudain…On frappe à ma porte : C’est le Professeur, « Mon Professeur », une seule question : « Partante pour la grande aventure ? » Aucun son ne sort de ma bouche… L’émotion prend le dessus… Je pleure comme une gamine… Et Christophe aussi !!! Le professeur tout d’un coup n’est plus professeur : il est humain avant tout. Il s’approche me prend dans ses bras, me réconforte : « allez le plus dur est derrière.. Laisse toi aller ! Que du bon NOUS attend… On se retrouve au bloc dans 1h30.» Le temps de me préparer, stériliser mon corps, avoir le privilège d’un bain à la Bétadine… Et je ne verrai pas ces 1h30 passer ; un autre calmant et je tombe. Enfin apaisée.

7h : Les brancardiers arrivent…Je suis dans le cirage… J’ai la force de faire un signe de la main à Chris… Je crois que lui m’embrasse mais pas sûre. Pour lui de longues heures l’attendent. Pour moi tout n’est que brouillard… L’ascenseur du 12ème au bloc qui est au sous sol… Les lumières des néons qui défilent … je ne capte rien…Toute une équipe s’affaire autour de moi… des bruits… des machines… Des fils… 15 personnes je crois : le grand luxe !! Je ne réagis plus… Enfin encore un peu car lorsque l’infirmière me met le masque à oxygène voilà que je m’affole ! Faut bien que je m’exprime un peu ! Un peu de piquant dans cette nuit… presque calme… J’entends à peine « c’est ok, elle va s’endormir.. 1… 2 … 3… » Et me voilà avec Morphée… Quelle légèreté… 6 heures durant je resterai là, dans ce bloc endormie paisiblement pendant que toute une équipe s’affaire sur moi pour changer mon avenir.

15 novembre 15h : J’ouvre un œil… Où je suis ? Je n’en sais rien… Que font ces messieurs en blouse blanche autour de moi à me regarder comme si j’étais une chose bizarre ? Je n’en sais rien ! J’ai mal. Je suis attachée par des fils de perfusions, des sondes, des drains de partout. Et tout d’un coup un visage connu : mon Professeur ! Le Professeur Poteaux… Et une douleur dans mon ventre : « Ça va Lisa? Tu me reconnais ? Tu te souviens ? » « OUI je me souviens ! OUI j’ai été greffée d’un rein cette nuit… Enfin je crois » Il me fait un clin d’œil avant de me dire « Oui et tout s’est bien passé ! Il fonctionne à merveille ton nouveau greffon»… Mes larmes coulent à nouveaux… Incontrôlables…La douleur lancinante dans mon ventre est effacée par ma joie… Je me rendors paisiblement… En pensant qu’à partir de cette nuit … ma vie allait changer.
Je suis restée 10 jours en SAS (chambre stérile) coupée du monde… c’est peut-être le plus difficile. 15 jours plus tard, j’ai eu droit à une chambre normale… et à mes premiers pas accompagnés de mon ami, Christophe…. Une émotion intense.

C’était il y a 21 ans ; chaque instant est gravé dans ma mémoire à jamais et ce soir, je souhaitais les partager avec vous. Partager la naissance de ma nouvelle vie. Merci à tous ceux qui ont contribué à m’offrir cette nouvelle vie. L’équipe médicale évidemment. Mais aussi Christophe qui a partagé cette épreuve avec moi…. Mais qui depuis brille dans les étoiles, suite à une rupture d’anévrisme. Il avait décidé depuis longtemps d’être donneur d’organes, mais la vie en a décidé autrement. Je n’ai pu accomplir ses dernières volontés. J’ai appris à vivre… sans lui. C’est pour eux, et aussi ma famille, qu’enfin j’envisage un avenir… Aussi maladroite que je suis. Une pensée aussi à tous les dialysés, ainsi que tous mes amis en attente d’une greffe. L’attente, le combat, le ras le bol … tout ça en vaut la peine. Enfin je n’aurais pas de mots assez puissants pour remercier cet Inconnu, qui avait fait le choix de vivre au-delà de la mort. Le choix de dire OUI au don d’organes. Il m’offre ma vie. Juste MERCI. Lisa Castets https://www.facebook.com/DonDorgane…

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